Ingénieur expert en éco-conception, Loïs Moreira vous dit tout sur l’éco-conception des produits agroalimentaires !

Ingénieur expert en éco-conception, Loïs Moreira vous dit tout sur l’éco-conception des produits agroalimentaires !

Loïs Moreira répond à 7 questions sur l’éco-conception des produits agroalimentaires.

 

Pourquoi avoir lancé un projet d’étude sur l’éco-conception en agroalimentaire dès 2012 ?

A cette époque le Pôle Éco-conception avait plusieurs centres relais qui nous questionnaient régulièrement sur l’éco-conception en agroalimentaire, hors des emballages et en dehors de l’exclusif utilisation du label biologique, avec une orientation plus industrie agroalimentaire que filière agricole. Cela a constitué notre point de départ sur ce sujet. Nous nous sommes vite rendu compte qu’il y avait un manque de documentation sur une approche industrielle, à l’étape réelle de conception des produits, celle de la recette et de la définition des cahiers des charges des produits. L’idée était de changer les pratiques agricoles par une demande grandissante exprimée dans les phases de conception. Ce guide constituait une première brique élémentaire de réflexion, permettant au Pôle de se mettre en veille sur le sujet.

Qu’est ce qui à changer en 2016, pour rédiger un second guide sur le sujet ?

Nous avons vu les premiers résultats du programme Agribalyse, piloté par l’ADEME. C’est un programme destiné à créer des jeux de données pour les outils d’ACV, harmonisé sur les systèmes agricoles, animales et végétales. Un programme qui a vu le jour en 2010, avec le Grenelle de l’environnement et le projet d’affichage environnementale. Ces données étaient gratuites, d’actualités, harmonisées dans les méthodes de réalisation et françaises. Ces données c’est ce qui nous avait manqué dans la rédaction du premier guide.

De plus, nous voulions surfer sur la communication autour de la sortie de cette base de données pour renforcer le Pôle Éco-conception dans les approches sectorielles. 

La sortie de cette nouvelle base de données, d’un premier point de vue très positive, nous alerte aussi sur les risques de l’usage de l’ACV dans les pratiques d’éco-conception, et toutes les dérives possibles, ainsi que les parallèles que nous pouvions faire historiquement sur l’usage de cette méthode de quantification avec les produits manufacturé et de façon nouvelle en agroalimentaire. En d’autres termes nous voulions rédiger une alternative dans cette littérature sur un sujet émergent, en orientant plus sur les stratégies d’éco-conception, que sur les méthodes de quantification des impacts environnementaux. De plus, en regardant les études sur la consommation responsable, nous avions le sentiment que l’éco-conception se devait de donner du sens au produit agroalimentaire.

Pourquoi l’ACV n’est pas l’outil miracle pour mener à bien des projets d’éco-conception ?

L’outil d’ACV a été construit à l’origine pour des produits manufacturés, dans la techno-sphère dont il est « facile » de mesurer / quantifier les entrants, les sortants et dont les processus de transformation sont maitrisés par la technologie, et dont la recherche scientifique connaît pour les principales substances utilisées les « impacts » dans les différents milieux. Or, la question de la quantification des impacts des systèmes agricoles se place dans la biosphère, qui doit considérer les processus biologiques dans les cultures. L’inventaire des entrants et sortants apporté par l’homme dans les champs et les fermes n’est pas suffisant. L’outil d’ACV doit encore améliorer son paramétrage pour les systèmes agricoles, notamment sur les sujets suivants : biodiversité, stockage du carbone dans les sols, l’usage des produits phytosanitaires, consommation d’eau agricole, spatialisation, saisonnalité…

Le degré de finesse des analyses d’ACV n’est pas encore complètement adapté pour évaluer les subtilités d’une recette en substituant un ingrédient par un autre, ou en ajustant leurs proportions, surtout dans le végétal. (ex :  blé vs. orge)

L’ACV, en amélioration permanente, apporte tout de même des premiers résultats, qui vont être utilisé pour réaliser des projets d’éco-conception. C’est à ce moment-là que l’outil peut conduire à des approches d’éco-conception et créer des produits « low cost » sous validation d’analyse environnementale. Sans couplage avec la nutrition, les produits pourront être « dopés » avec des ingrédients lourds et peu impactants, comme de l’eau ou du gras. 

Que faire alors, si l’ACV n’est pas idéal pour réaliser des projets d’éco-conception ?

En fait, pour mener à bien une démarche d’éco-conception, il faut coupler plusieurs catégories d’outils et d’indicateurs, l’ACV reste donc une méthode de quantification très utile.

Les réflexions d’éco-conception doivent intégrer les limites de l’ACV dans le secteur agricole, savoir ce qui est bien ou mal mesuré pour en tenir compte dans la définition des stratégies d’éco-conception appliquées à la recette du produit agroalimentaire et dans son cahier des charges. La démarche d’éco-conception dont aussi tenir compte des indices nutritionnels et du goût, ainsi que de la portée marketing des stratégies d’éco-conception, dans le but de donner du sens aux produits.

Pourquoi votre position sur l’éco-conception est centrée sur la notion de « donner du sens » ?

C’est bien là le cœur de ma vision de l’éco-conception, ici je veux mettre les clients au cœur du processus, c’est la clé du succès de la démarche d’éco-conception.  Certes l’amont agricole est le principal impact, mais je pense que les pratiques agricoles changeront aussi, poussées par la demande du marché, et donc que les recettes, et les cahiers des charges des produits agroalimentaires complexes changeront au profit de la question environnementale.

De plus, les concepteurs de produits agroalimentaires et les industriels ne sont pas vraiment impliqués dans le processus d’éco-conception tel que proposé actuellement concernant l’amont agricole, alors même que ce sont des acteurs qui peuvent avoir une forte influence dans la chaîne de valeur et être en phase avec le marché.

Si je vous comprends bien, il vaut mieux éco-concevoir les recettes, mais pas forcément les systèmes agricoles ? C’est bien cela ?

NON surtout pas, il faut les deux ! L’éco-conception doit se pratiquer dans les fermes pour avoir le choix d’ingrédients « éco-conçus », mais aussi dans l’élaboration des recettes et des cahiers des charges, les deux doivent fonctionner ensemble, dans une vision push & pull.

Mon discours s’oriente sur les métiers de la conception des produits car nous parlons d’éco-conception au quotidien, et que le discours dominant en éco-conception parle uniquement de la ferme car les impacts sont à cette étape. Je rappelle seulement que les pratiques agricoles peuvent aussi évoluer, poussée par les demandes des clients et d’une redéfinition des cahiers des charges, dans le but de créer des produits agroalimentaires cohérents, vecteur de SENS ! 

Selon vous, comment démocratiser l’éco-conception en agroalimentaire ?

  • Continuer les recherches pour que les ACV prennent mieux en compte les enjeux directement dans les champs
  • Continuer à alimenter des bases de données d’ACV sur la diversité des ingrédients, additifs, à différents stades de transformation et sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit fini.
  • Sortir l’éco-conception d’une démarche élitiste basée sur un usage unique de l’ACV, en créant tout un éventail d’outils et de méthodes utiles à l’éco-conception dans ce secteur, l’ACV doit devenir la « boite à outil » avec des outils plus ou moins complexes, basés sur les connaissances des performances environnementales acquises par l’expertise ACV.
  • Accompagner la communication environnementale sur l’ensemble des stratégies d’éco-conception possibles sur les produits agroalimentaires, pour les rendre crédible et leur donner du sens.

 

L’éco-conception des produits agroalimentaires doit être vecteur de SENS, au-delà de la labélisation BIO ! 

Pour aller plus loin dans cette démarche, le Pôle vous propose de découvrir avec Loïs Moreira l’éco-conception des produits agroalimentaires avec un programme de formation intitulé : Donnez du sens aux produits agroalimentaires grâce à la performance par le cycle de vie

Pour en savoir plus…

Modéré par : Loïs Moreira

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